• Chirurgie du foie

    Anatomie et fonction du foie

    Le foie est un organe situé en haut et à droite de l’abdomen, sous le diaphragme, pesant en moyenne 1400g. Anatomiquement, le foie est constitué de 2 lobes et de 8 segments. Il s’agit d’une glande ayant une fonction endocrine avec des activités de transformation et de synthèse et une fonction exocrine avec la sécrétion de la bile. Le foie possède la capacité extraordinaire de repousser, on parle de régénération. Rappelez-vous de Prométhée…

    Les pathologies du foie que nous traitons

    Kystes biliaires
    Les kystes biliaires sont toujours bénins. Il peut être retrouvé un seul de ces kystes dans le foie ou plusieurs dizaines (polykystose). Les examens radiologiques permettent de bien les identifier. Ces kystes sont le plus souvent asymptomatiques. Lorsqu’ils sont volumineux ils peuvent être responsables de douleurs, d’une gêne ou d’une pesanteur, d’une compression d’un organe de voisinage comme l’estomac avec des difficultés d’alimentation, des nausées et parfois des vomissements. Les kystes peuvent exceptionnellement se compliquer d’infection ou de rupture avec hémorragie, surtout en cas de prise d’anticoagulants. Dans toutes ces situations, le traitement s’impose et consiste en l’ouverture du kyste avec résection de son dôme saillant, on parle de fenestration, réalisée par coelioscopie dès que cela est possible. Des traitements radiologiques sont décrits mais avec un fort risque de récidive.

    Adénomes
    Un adénome est une tumeur bénigne à risque de dégénérescence. Souvent unique, cette lésion est plus fréquente chez la femme prenant une pilule contraceptive. Selon la taille de la lésion et de son éventuelle analyse par biopsie, une décision d’ablation peut être prise qui sera réalisée préférentiellement par coelioscopie.

    Métastases hépatiques
    Des métastases hépatiques sont des lésions cancéreuses secondaires à un cancer « primitif », le plus souvent un cancer colorectal, s’exprimant sous forme de « boules » dans le foie. Dans ce cas, en l’absence de symptômes digestifs, là ou les lésions du foie seront traitées en premier, après quelques cures de chimiothérapie.

    Avant l’intervention

    Le tabac doit être arrêté dès que possible pour limiter le risque de complications graves. Un accompagnement par un tabacologue est possible.

    Une immunonutrition (Oral Impact) vous est prescrit sous forme de briquettes à prendre 3 fois par jour durant les 7 jours précédant l’opération. Cette immunonutrition en stimulant le système immunitaire permet de diminuer le risque de complications.

    En cas de perte de poids, vous prenez en plus des compléments alimentaires dès la consultation chirurgicale, sous forme de briquettes également. Dans le cas d’une dénutrition sévère, une alimentation entérale (par une mini sonde dans le nez) ou parentérale (par voie sanguine) est nécessaire en pré opératoire. La mise en place et le suivi de cette alimentation spécifique sont réalisés par un prestataire de soins ou par l’hospitalisation à domicile (HAD).

    Vous voyez en consultation, le même jour, un anesthésiste et un kinésithérapeute pour l’initiation aux exercices respiratoires post opératoires, permettant la diminution des complications pulmonaires.

    Dans le cas des métastases hépatiques, une chimiothérapie est la plupart du temps indiquée avant la chirurgie, administrée par voie injectable via une chambre implantable. Cette décision est prise en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire.

    Une prise en charge pluridisciplinaire du cancer

    Le bilan et la stratégie de votre prise en charge sont établis par la collaboration des gastroentérologues, chirurgiens, radiothérapeutes, chimiothérapeutes, radiologues et anatomopathologistes, qui se réunissent en réunion appelée RCP (Réunion de Concertation Pluridisciplinaire).
    Des professionnels de santé vous entourent et vous préparent à la chirurgie : infirmière d’annonce, psychologue, stomathérapeute, kinésithérapeute.
    Vous êtes ainsi accompagné et suivi tout au long de votre parcours de soins.

    Medical team sitting at the table and analyzing cardiogram

    La chirurgie du foie

    La chirurgie hépatique a évolué ces 20 dernières années grâce aux progrès de la chirurgie et de l’anesthésie. Les chirurgies du foie peuvent être réalisées par coelioscopie ou par ouverture du ventre (laparotomie) :

    Fenestration kystique
    Réalisée le plus souvent par coelioscopie, elle consiste en l’ouverture du kyste, avec retrait de son dôme saillant. Un peu comme l’ouverture d’un œuf dans un coquetier.

    Tumorectomie

    Une tumorectomie consiste à emporter une lésion, « une boule », avec des marges suffisantes. Elle ne dépend pas des segments anatomiques.

    Hépatectomie
    Une hépatectomie correspond au retrait d’une partie plus ou moins importante du foie correspondant à un ou plusieurs segments hépatiques. Les segments anatomiques sont respectés.

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    Les suites opératoires

    Après une surveillance en salle de réveil, vous êtes transférés en service de soins continus pour 48H à 72H. En cas de laparotomie, la douleur est bien contrôlée par une analgésie péridurale.

    Vous êtes d’abord levés et mis au fauteuil puis la marche est reprise dès que possible.

    Si un drain est mis en place, il est généralement retiré au 6ème jour post opératoire.

    La fonction hépatique est surveillée par des bilans biologiques réguliers.

    Une kinésithérapie mobilisatrice et respiratoire est réalisée 1 à 2 fois par jour aux soins continus puis selon vos besoins.

    L’alimentation est reprise rapidement, sans régime, dans le cadre d’un protocole de récupération rapide après chirurgie.

    L’hospitalisation dure environ 8 à 10 jours sous surveillance anesthésique et chirurgicale rapprochée.

    A votre retour à domicile, la surveillance quotidienne est poursuivie par l’infirmière libérale.

    Le chirurgien et/ou le service sont joignables à tout moment afin de pouvoir répondre à toutes les interrogations ou revoir un patient rapidement en consultation si besoin.

    Vous êtes revus systématiquement en consultation chirurgicale à 1 mois post opératoire.

    En cas de cancer, une anticoagulation d’1 mois au total est recommandée.

    En cas d’ouverture du ventre (laparotomie), vous devez porter une ceinture abdominale pendant 2 mois.

    Les activités sportives peuvent être reprises après 1 mois post opératoire.

    La décision de chimiothérapie post opératoire est validée en RCP en fonction des résultats de l’analyse de la pièce opératoire.

    En cas de cancer, une surveillance par le gastroentérologue ou l’oncologue sera nécessaire tous les 3 mois pendant 3 ans puis tous les 6 mois pendant 2 ans.

    Les risques de la chirurgie du foie

    Les principaux risques de la chirurgie hépatique sont représentés par :

    • Une fuite biliaire. Il s’agit d’une fuite de bile au niveau d’un conduit biliaire situé dans la zone opératoire. Lorsqu’un drainage est en place, la bile s’écoule par le drain et la fuite se tarit spontanément en quelques jours si elle provient d’un petit canal biliaire. Cette fuite peut former aussi une collection appelée biliome découverte le plus souvent devant des douleurs abdominales et/ou de la fièvre. Le traitement de ce biliome est habituellement radiologique par voie transcutanée (sans ouverture). En cas de fuite biliaire, une reprise chirurgicale est rarement nécessaire.
    • Un saignement pouvant nécessiter une transfusion sanguine et une reprise chirurgicale.
    • Des complications pulmonaires : épanchement pleural (liquide dans la cavité thoracique), atélectasie (mauvaise expansion du poumon) et pneumonie, pouvant conduire exceptionnellement à une insuffisance respiratoire. La kinésithérapie respiratoire et les antibiotiques en cas d’infection permettent le plus souvent leur résolution. Un drainage thoracique est très rarement nécessaire.
    • Une insuffisance hépatique. Si un volume hépatique trop important est retiré, le foie n’arrive plus à assumer ses fonctions.
    • Risques communs à toute chirurgie : hématome, abcès, phlébite et embolie pulmonaire.

    A distance :  comme dans toute intervention abdominale, des déformations de la paroi de l’abdomen (éventrations) et des brides intra-abdominales sont possibles.

    Il est rappelé que toute intervention chirurgicale comporte un certain nombre de risques y compris vitaux, tenant à des variations individuelles qui ne sont pas toujours prévisibles. Certaines de ces complications sont de survenue exceptionnelle (plaies des vaisseaux, des nerfs et de l’appareil digestif) et peuvent parfois ne pas être guérissables. Au cours de l’intervention, le chirurgien peut se trouver en face d’une découverte ou d’un événement imprévu nécessitant des actes complémentaires ou différents de ceux initialement prévus, voire une interruption du protocole prévu.

    Conseils après chirurgie du foie

    Aucun régime n’est nécessaire après une chirurgie du foie. L’alcool est toutefois déconseillé. Les médicaments hépatotoxiques sont évités ou limités, comme le paracétamol par exemple. L’activité sportive est reprise selon l’importance de la chirurgie. La marche est toujours possible.

    Après votre retour à domicile, la survenue de certains symptômes doit vous conduire à contacter votre médecin traitant ou votre chirurgien sans attendre la consultation postopératoire : gêne respiratoire, douleurs abdominales aigues ou intenses, fièvre, jaunisse.